France 1 – Fair-play 0
Grâce à sa passe décisive de la main, Thierry Henry, capitaine de l’équipe de France, a permis la qualification des bleus en Afrique du Sud.
Est ce une bonne chose pour l’équipe de France ? La fin justifie t’elle les moyens ? Thierry Henry est-il un mauvais garçon ?
En tant que psychologue, je propose un regard singulier et, si possible constructif, suite à cet évènement sportif.
En premier lieu, il me semble inopportun de faire des reproches à Thierry Henry. Après tout, il a fait ce que la très grande majorité des joueurs auraient fait. Nous sommes dans une société du « pas vu pas pris ». Les exemples des affaires politiques nous le rappellent chaque jour. A cet égard, il est malheureusement tout à fait dans la norme.
A mon sens, ce que l’on peut éprouver, ce sont plus des regrets que des reproches :
- Des regrets que Thierry Henry ne se soit pas « levé pour parler* » et dire à l’arbitre que le but n’était pas valable.
- Des regrets de ne pas voir l’exemplarité et le fair-play dépasser les seuls enjeux financiers de ce sport.
- Des regrets que la France ne puisse pas montrer l’exemple du panache, l’exemple du fair-play qui est un des fondements des valeurs du sport.
- Des regrets que le capitaine de l’équipe de France n’ai pas choisi de rentrer dans l’histoire des très grands champions comme le jeune Mats Wilander avait su le faire en demie finale de Rolland Garros alors qu’il n’avait que 17 ans*.
- Des regrets que les éducateurs sportifs ne puissent pas s’appuyer sur une belle histoire pour montrer que le sport porte en lui des valeurs essentielles.
- Des regrets que les jeunes sportifs s’identifient à ce geste qui accentuera sans aucun doute la difficulté du travail des éducateurs (sportifs et non sportifs).
- Des regrets que la France participe dans des conditions psychologiques difficiles (avec le poids de la tricherie) à un mondial pas mérité.
- Enfin des regrets, qu’aucun responsable français ne propose à la Fifa que ce match soit rejoué.
Ce serait là une belle façon de montrer nos valeurs et, finalement, de prouver que cette équipe à une âme, respecte ses adversaires et mérite de participer à cette coupe du monde.
En l’état actuel des choses, cette affaire nous plonge dans le cercle vicieux du sport business ; cercle vicieux qui ne bénéficiera, sur le moyen et long terme, ni aux joueurs, ni à l’équipe de France, ni à la France, et, ni même aux sponsors…
Cette affaire ravive également la polémique de l’arbitrage vidéo. Doit-on tout attendre de la technique ? Ne peut on pas créer une règle qui remette le sportif au cœur du jeu ?
Je propose une règle toute simple :
« En cas de tromperie manifeste d’un joueur à l’égard d’une décision arbitrale, le joueur sera sanctionné ainsi que son équipe. »
Sans rentrer dans les modalités de sanctions (suspension, match à rejouer ou perdu, etc.) qui sont l’affaire des instances du football, une telle règle permettrait aux joueurs de devenir, de fait, des assistants du corps arbitral.
Dans le cas présent, Thierry Henry aurait été « obligé » d’informer l’arbitre de son geste sous peine d’encourir rétroactivement une grave sanction.
Quand l’éthique ne suffit pas, il faut que la règle la remplace.
Dorian Martinez Psychologue du sport
Président de l’association Vivre Sport : www.vivre-sport.com Fondateur du site : www.dopage.com Fondateur du programme antidopage WALL-Protect : www.wall-protect.com
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*Référence à la campagne contre le racisme « Stand up, speak up » qui a été menée par Thierry Henry.
* En 1982, Mats Wilander accède pour la première fois de sa jeune carrière à une demi-finale d'un tournoi du Grand Chelem. Du haut de ses 17 ans, il fait preuve d'un sang froid et d'une sportivité exemplaire face à l'Argentin José Luis Clerc, ancien n°4 mondial. Alors qu'il mène 7-5, 6-2, 1-6, 6-5, il refuse la balle de match que lui accorde l'arbitre. Pour lui, le point marqué n'est pas valable. Ce geste de fair-play ne fera que repousser l'échéance, Wilander remportant finalement le 4e set quelques secondes plus tard (7-5). En finale, il battra un autre Argentin, Guillermo Vilas, malgré un départ difficile (1-6, 7-6, 6-0, 6-4). Plus d'un quart de siècle après cette demi-finale, Yannick Noah reste admiratif devant tant de fair-play, qu'il décrit comme étant "la plus belle image de tennis de ces 30 dernières années".
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